Les nouveaux modes de travail : une véritable opportunité pour les entreprises !

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Temps de lecture : 3 min

Après des décennies d’hégémonie du salariat, les signes de transformation du monde professionnel se multiplient. Pour preuve notamment, la montée en puissance du travail indépendant : en 10 ans, le nombre de freelances a augmenté de 126 % (1). Cette évolution peut paraître déstabilisante, voire angoissante, car en totale rupture avec les codes et valeurs avec lesquels nous avons grandi. Pourtant, les entreprises devraient y voir une vraie opportunité en termes de flexibilité, d’agilité et donc de compétitivité. Par Frédéric Ripart, Associé Valtus.

En 10 ans à peine, le visage du monde du travail a profondément changé, avec en toile de fond de nouvelles aspirations des actifs… Commençons par quelques chiffres éloquents sur l’essor du freelancing. Ils sont aujourd’hui 830 000 en France, où ils représentent plus de 10 % des actifs. La tendance est lourde, si bien que 53 % des Français estiment qu’ils pourront travailler, dans un futur professionnel proche, là où leurs compétences seront nécessaires, en dehors de tout lien d’appartenance à une entreprise (2). De plus, près de la moitié considèrent même que les entreprises embaucheront exclusivement des travailleurs contractuels, selon leurs besoins.

Le développement du travail indépendant, à la mission, questionne la relation au travail et à l’entreprise. Car, le freelancing est un choix pleinement assumé pour près de neuf freelances sur dix (1). Leurs motivations ? L’autonomie dans le travail, la liberté de choisir leurs missions, le choix de leur lieu et horaires de travail. On est loin de l’image précaire souvent associée au statut de freelance. D’ailleurs, 73 % des freelances interrogés ne souhaitent pas revenir au salariat.

Autre évolution sociétale, près des trois quarts des jeunes des générations Y et Z indiquent qu’ils ont déjà ou pourraient envisager de créer une entreprise (3). Et il serait illusoire de croire que ce goût pour la liberté et le travail en mode projet est exclusif aux jeunes générations. Cet état d’esprit inédit et cette nouvelle vision du travail se développent et touchent toutes les générations. Le pourcentage de travailleurs seniors (âgés de 55 à 64 ans) qui démarrent une nouvelle entreprise a augmenté, dépassant de 68% le taux d’entrepreneuriat chez les millennials (âgés de 20 à 34 ans) (4).

Cette révolution sociétale est-elle une menace ou une opportunité pour les entreprises ? Une opportunité définitivement ! Toutes ces statistiques laissent entrevoir un rapport tout à fait inédit aux compétences. Là où les entreprises avaient l’habitude de posséder, elles doivent accepter de louer. Consentir à déléguer la création de valeur et à confier des projets stratégiques à des personnes qui ne sont pas salariées de l’entreprise n’est effectivement pas naturel. Pourtant, l’émergence d’un écosystème diversifié de main-d’œuvre qualifiée constitue une formidable opportunité, et ce, pour de multiples raisons.

Tout d’abord, le coût : en plus du coût direct d’un collaborateur, à savoir son salaire, les cotisations sociales, les primes et avantages divers, on omet régulièrement de prendre en compte le coût complet des processus RH (délai d’attente avant l’arrivée effective dans l’entreprise, intégration qui implique également un délai avant que le nouvel embauché ne puisse être totalement opérationnel). Ensuite, c’est également une solution pertinente pour initier et/ou faire avancer un projet alors même que les compétences internes en capacité de mener à bien ce chantier précis manquent à l’appel, qu’elles soient mobilisées sur le day-to-day ou purement absentes dans l’organigramme. Enfin, last but not least, faire appel à un indépendant permet de s’enrichir d’un regard vierge, impartial, critique, expérimenté et nourri de son expérience dans différents secteurs d’activités. Cet œil neuf est souvent source de créativité et de performance.

Redonner une nouvelle dynamique au capital humain

Quoi qu’il en soit, faire appel à des compétences externes nécessite de revoir et de mettre en place un ensemble de pratiques permettant de faire collaborer efficacement des salariés et des indépendants, aux statuts différents. Or, si certaines entreprises ont conscience que, demain, l’externalisation des compétences prendra plus de place, seuls 16 % ont pris des dispositions spécifiques (4). Les entreprises doivent s’adapter pour :

  • trouver les sources fiables de talents ;
  • attirer les travailleurs indépendants en travaillant et axant leur discours et leur argumentaire sur la mission ou le projet ;
  • apprendre à les manager, à les fidéliser et à interagir avec eux ;
  • développer des bonnes pratiques permettant de favoriser les collaborations externes et internes.

Le sujet est d’autant plus complexe pour les directions des ressources humaines que l’externalisation des compétences peut relever de la direction des achats qui gèrent les prestations faisant l’objet d’un bon de commande (1).

Mais, un professionnel indépendant peut-il être géré comme un simple prestataire externe ? Tirer le meilleur parti de ces talents externalisés, mais aussi les motiver et les impliquer relève bel et bien de la sphère RH. Les DRH doivent par conséquent s’emparer de la question et envisager de formaliser une politique dédiée et adaptée aux professionnels externes.

L’article de la plateforme belge NextConomy suggère ainsi quelques pistes à explorer comme l’identification des risques potentiels pour l’entreprise (réputation, sécurité…), l’instauration d’un processus de sélection fluide et rationnel, la construction d’une relation personnelle avec les freelances avec des feedbacks réguliers sur leur prestation, le respect des prix du marché et des conditions de paiement… D’ailleurs, un nouveau métier se dessine, le Chief Freelances Officer, fonction à cheval entre les achats et les ressources humaines (5).

Les chantiers en termes de RH sont vastes et nombreux pour arriver à une collaboration effective et efficace avec ces nouveaux types de travailleurs. Car ces derniers ont une expertise spécifique immédiatement opérationnelle, dont a et aura besoin l’entreprise pour être agile et se transformer rapidement. Mais aussi parce qu’il s’agit de l’évolution plus globale de la relation au travail, et finalement du sens de l’histoire. Probablement l’un des chapitres les plus passionnants à penser, écrire et vivre.

 

(1) Étude « Freelances et fiers de l’être » menée par Malt et Ouishare, 2017
(2) Étude « Révélez vos talents », ADP Research Institute, 2018
(3) Rapport « How Millennials and Generation Z are Redefining Work », Lovell Corporation, 2017
(4) Étude « The Rise of the Social Enterprise », Deloitte Global Human Capital Trends, 2018
(5) Article de Socialter.fr « Mutation du travail : les Chief Freelance Officers sont-ils les DRH de demain ? », 2018

 

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