Réindustrialisation de la France : quel rôle pour les ETI ?

Réindustrialisation de la France quel rôle pour les ETI
03 Avr 2024

 

Alors que la France déploie des efforts en vue de revitaliser son secteur industriel, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) émergent comme des acteurs clés dans un processus complexe aux objectifs ambitieux. Leur rôle dans la réindustrialisation du pays se manifeste notamment dans leur contribution significative à la création d’emplois, l’innovation, et la transition vers une industrie plus verte et numérique. Dans cet article, nous explorons le rôle des ETI dans le renouveau de l’industrie française.

 

La place des ETI dans les enjeux de réindustrialisation de la France

Dans un contexte de transformation, la réindustrialisation de la France représente un enjeu majeur pour l’économie nationale. Depuis 2017, le gouvernement français s’est engagé dans une politique qui vise à revitaliser l’industrie, qui se traduit par des initiatives telles que France Relance et France 2030.

Ces efforts ont contribué à la création de plus de 1,7 million d’emplois, dont 90 000 dans le secteur industriel, et à l’implantation de près de 300 nouvelles usines sur le territoire français, inversant la tendance de trente ans de désindustrialisation.

Dans cette dynamique, les ETI jouent un rôle majeur. À mi-chemin entre les petites entreprises et les grandes corporations, les entreprises de taille intermédiaire sont des moteurs de l’innovation et du développement économique. La Stratégie Nation ETI, lancée en 2020, vise à renforcer leur action, avec des mesures comme la création d’un guichet unique pour les ETI, l’accompagnement personnalisé et des dispositifs de financement adaptés.

L’industrie de 2030, comme envisagé par la France, sera caractérisée par sa décarbonation, sa transformation et sa numérisation. Un choix stratégique qui implique une réorientation vers des secteurs d’avenir et la mise en place de mesures concrètes comme la relance de l’initiative Territoires d’industrie, l’accélération des implantations industrielles, et la réforme des critères d’attribution du bonus automobile pour encourager l’écoresponsabilité.

Dans ce contexte, les entreprises de taille intermédiaire sont appelées à se positionner comme des leaders dans la transition vers une industrie plus verte et numérique. Leur agilité, leur capacité d’innovation et leur ancrage territorial, sous la direction avisée de leurs directeurs des opérations, les positionnent idéalement pour piloter cette transformation.

La réindustrialisation de la France est un processus complexe qui nécessite une approche intégrée impliquant tous les acteurs économiques, dont les ETI font bien évidemment partie. Les politiques mises en place depuis 2017 montrent la volonté du gouvernement de soutenir cette transformation, avec un accent particulier sur l’innovation, le développement durable et la compétitivité à l’échelle internationale. Les ETI, grâce à leur flexibilité et leur capacité d’adaptation, sont amenées à jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle ère industrielle.

Rappel des chiffres :

  • La France compte 5 400 entreprises de taille intermédiaire (ETI), parmi lesquelles environ 1 700 ETI industrielles.
  • Les ETI emploient environ 3 millions de salariés, soit près de 25 % des effectifs salariés du pays, avec une moyenne de 560 employés par entreprise.
  • 35 % des employés d’ETI travaillent dans l’industrie, tandis que 30 % sont dans les services marchands et 23 % dans le commerce.
  • Ces entreprises contribuent significativement à l’économie, générant 30 % du chiffre d’affaires total, 29 % des investissements et 26 % de la valeur ajoutée de l’ensemble des entreprises françaises.
  • Environ 33 % du chiffre d’affaires des ETI provient de leurs activités à l’international, soulignant leur importance dans le commerce extérieur de la France.

Source : Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Économique

 

Vers une réindustrialisation stratégique et durable avec les ETI françaises

Dans le contexte de la réindustrialisation de la France, les ETI émergent comme des acteurs incontournables, tant en matière de revitalisation de l’industrie nationale qu’en termes de transition vers une économie plus verte et durable.

L’importance des ETI dans le paysage économique et industriel français

Les entreprises entre 250 et 4 999 salariés représentent une force motrice dans le paysage industriel français, en particulier dans l’industrie diffuse (c’est-à-dire en milieu rural). En 2021, cette partie de l’industrie comptait quelque 1 850 ETI, majoritairement sous contrôle français (62 %).

Acteurs économiques de taille, ces sociétés se distinguent également en tant qu’employeurs majeurs, surpassant même les grandes entreprises en termes de création d’emplois dans huit des douze régions métropolitaines de France.

ETI et défis environnementaux

De taille plus modeste que les grandes entreprises, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) n’en occupent pas moins une place significative dans la réponse aux défis environnementaux de la France. La raison ? Elles sont particulièrement actives dans des secteurs stratégiques comme la chimie, la métallurgie et la production de minéraux non métalliques. Parmi les 50 installations industrielles les plus polluantes en France, 16 sont gérées par des ETI, soit environ 10 % des émissions totales des secteurs manufacturier et de la construction. Cette implication indique que les ETI sont pleinement concernées par la décarbonation et l’innovation en matière de technologies vertes.

Le rôle des ETI face aux défis environnementaux est mis en lumière par le constat d’un retard dans le développement des industries vertes au sein de l’Union européenne. Ce retard, souligné dans le rapport « Les incidences économiques de l’action pour le climat » par Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, illustre la position centrale des ETI dans la transition écologique.

Le rôle des ETI dans la chaîne de valeur et les réductions des émissions

En tant qu’acteurs centraux dans les chaînes de valeur BtoB, les entreprises de taille intermédiaire exercent une influence notable sur les émissions de scope 3. Ces dernières englobent toutes les émissions indirectes qui ne sont pas produites par l’entreprise elle-même, mais liées à ses activités, incluant celles générées par ses fournisseurs, ses processus de production externalisés et le cycle de vie de ses produits. En s’impliquant activement dans la décarbonation, les ETI contribuent ainsi à réduire non seulement leurs propres émissions directes et indirectes, mais aussi celles qui sont générées tout au long de leur chaîne d’approvisionnement et de distribution.

 

L’ancrage territorial des ETI : un atout pour la réindustrialisation

La France, confrontée à des défis majeurs tels que les disparités entre les régions et les ruptures d’approvisionnement, se trouve à un tournant majeur de son histoire économique. La désindustrialisation, amorcée dans les années 1970, a conduit à une érosion significative de l’emploi industriel, contrairement à des pays comme l’Allemagne où l’ancrage territorial a permis de maintenir une robustesse dans ce secteur. En outre, contrairement à d’autres secteurs de l’économie, l’industrie n’a pas bénéficié de soutien particulier, résultant en une perte massive d’emplois et la dévitalisation de nombreux territoires.

En 2009, avec les États généraux de l’industrie, la France a recommencé à se pencher sur une politique industrielle. Cependant, il a fallu attendre presque une décennie pour que les territoires soient reconnus comme des acteurs clés de la réindustrialisation avec le dispositif Territoires d’industrie lancé en 2018. Malgré cela, le potentiel de ces territoires reste sous-exploité.

Dans ce contexte, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) apparaissent comme des acteurs essentiels pour la revitalisation industrielle de la France. Ces entreprises industrielles, souvent ancrées dans les territoires, représentent un potentiel inexploité pour la renaissance de l’industrie française. Elles surpassent les grandes entreprises en termes de création d’emploiset de maintien des compétences et savoir-faire industriels dans les régions.

Dans les régions à fort potentiel industriel, les ETI jouent un rôle vital. En tant qu’employeurs principaux, elles stimulent l’innovation, le développement de compétences spécialisées, et l’investissement dans des secteurs clés. Elles contribuent également au développement de technologies vertes, essentielles pour la transition écologique.

À cet égard, les managers de transition, par leur mobilité et leur capacité à intervenir sur tout site industriel en France, jouent un rôle vital dans la flexibilité et la réactivité des entreprises face aux changements rapides du marché et aux défis spécifiques des territoires. En s’appuyant temporairement sur des compétences de haut niveau, les ETI peuvent ainsi accélérer leur transformation, adopter de nouvelles technologies, ou encore gérer des restructurations, en assurant la continuité et l’excellence opérationnelle. Cet usage du management de transition souligne une fois de plus l’importance de l’ancrage territorial et de la mobilisation de toutes les compétences, même externes, pour réussir la réindustrialisation de la France.

Les mesures gouvernementales et les leviers dédiés aux ETI, en faveur de la réindustrialisation

Atteindre le plein-emploi et réindustrialiser la France :cet axe majeur, qui fait partie des priorités du gouvernement français, a été rappelé à l’occasion de l’événement « accélérer notre réindustrialisation » en mai 2023.

Stratégie Nation ETI : un plan de soutien en faveur des ETI dans le cadre de la réindustrialisation de la France

La Stratégie Nation ETI, lancée en 2020 par l’État français, est une initiative dédiée au soutien et au renforcement des entreprises de taille intermédiaire, piliers de la réindustrialisation de la France. Cette stratégie cible spécifiquement les besoins uniques de ces ETI pour améliorer leur compétitivité sur la scène internationale.

Ses objectifs principaux incluent la stimulation de la croissance des ETI, l’expansion de leur présence à l’international, la promotion de l’innovation et l’amélioration de l’accès au financement. Elle se concentre également sur des aspects clés tels que la facilitation de l’exportation et la transformation numérique des entreprises.

Pour atteindre ces objectifs, la Stratégie Nation ETI déploie plusieurs actions concrètes :

  1. La mise en place d’un guichet unique pour les ETI, simplifiant l’accès à l’information et aux services gouvernementaux.
  2. Un accompagnement personnalisé pour les aider dans leur développement international et dans leurs efforts d’innovation.
  3. L’introduction de solutions de financement adaptées aux particularités des ETI.
  4. Le renforcement de la formation et de l’acquisition de compétences, indispensables à leur compétitivité.
  5. Des initiatives pour encourager la participation des ETI dans les marchés publics et les grands projets d’infrastructure.

Gérée par la Direction générale des entreprises (DGE), la Stratégie Nation ETI implique une collaboration entre divers acteurs gouvernementaux et du secteur privé, tous engagés à soutenir le développement et la croissance des ETI en France.

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