
Alors que les tensions commerciales mondiales perdurent et redéfinissent les équilibres économiques, le Brésil, l’Inde, Singapour et le Japon doivent chacun s’adapter rapidement à des défis sectoriels distincts. Diversification, innovation et renforcement des partenariats régionaux seront essentiels pour équilibrer opportunités et risques.
Brésil : une puissance agricole en quête de diversification
Inde : une résilience affirmée face aux turbulences commerciales
Singapour : préserver sa position de plaque tournante mondiale
Japon : l’industrie électronique et automobile face au tournant commercial avec les États-Unis
Brésil : une puissance agricole en quête de diversification
Tandis que de nombreuses grandes économies peinent à résister aux tensions commerciales et à la baisse des exportations, le secteur agricole brésilien bénéficie d’opportunités de croissance sans précédent. Comme l’observe Nicolas Touchet, LATAM Founder and CEO de Telos Transition : « Le Brésil est devenu le grenier du monde, et si les barrières commerciales américaines se multiplient, les perspectives à court terme restent lucratives puisque nous devenons encore plus centraux dans l’approvisionnement alimentaire mondial. »
Un secteur agricole florissant malgré les frictions commerciales
Les exportations agricoles brésiliennes ont atteint 164,4 milliards de dollars en 2024, soit 49 % des exportations totales. Le pays a tiré un avantage direct du conflit commercial sino-américain, avec une hausse de 45 % de ses exportations de soja entre 2017 et 2024, la Chine ayant réduit ses importations américaines. Le Brésil détient désormais 82 % du marché chinois du soja, tout en augmentant ses exportations de viande vers la Chine, l’Algérie et la Turquie. Cette croissance a propulsé les primes sur le soja brésilien à leur plus haut niveau depuis 2022, générant d’importants profits pour les producteurs.
Des accords sous tension
L’accord de libre-échange UE-Mercosur fait face à une forte opposition des agriculteurs européens inquiets des importations brésiliennes. Le président Lula intensifie ses efforts diplomatiques, espérant une ratification d’ici mi-2025, à l’occasion de la présidence brésilienne du Mercosur. Parallèlement, les relations bilatérales avec les États-Unis restent tendues en raison de différends sur les droits de douane sur l’éthanol et le sucre. Le Brésil dénonce un traitement inéquitable compte tenu du faible taux de 2,5 % appliqué à ses importations d’éthanol, contre 18 % pour le sucre américain.
La nouvelle Loi sur la réciprocité tarifaire (avril 2025) permet désormais au Brésil de riposter face aux droits de douane jugés qu’il estime injustes.
Sortir de la dépendance chinoise
La domination du Brésil dans l’approvisionnement alimentaire de la Chine a entraîné à la fois croissance et vulnérabilité : la Chine représente désormais 30 % des exportations brésiliennes.
« Être le grenier du monde implique aussi une dépendance excessive à un client puissant comme la Chine. »
Le Brésil accélère ses efforts de diversification en renforçant ses relations avec l’Inde, l’ASEAN, le Golfe et l’Afrique subsaharienne, s’appuyant sur la diplomatie Sud–Sud et la coopération BRICS+. Des investissements majeurs dans les infrastructures logistiques viennent soutenir cette stratégie. Rumo Logística développe les liaisons ferroviaires reliant le Mato Grosso aux ports, tandis que le port de Santos est en cours de modernisation pour augmenter sa capacité en conteneurs et automatiser ses opérations.
Inde : une résilience affirmée face aux turbulences commerciales
Les incertitudes du commerce international dessinent un paysage complexe pour les secteurs exportateurs de l’Inde. Les industries pharmaceutique, électronique et agricole doivent composer avec des défis significatifs, mais aussi avec de nouvelles opportunités. Selon Sanjay Lakhotia, CEO de Noble House, « les relations commerciales entre l’Inde et les États-Unis sont indéniablement sous tension. »
Pressions sur le secteur pharmaceutique
« Les tensions commerciales mondiales ont un impact direct sur le secteur pharmaceutique indien, en particulier avec les États-Unis qui poussent pour le modèle de tarification selon la clause de la nation la plus favorisée.» Ce mécanisme indexe les prix des médicaments aux États-Unis sur les tarifs les plus bas pratiqués dans le monde, ce qui pourrait pénaliser les exportateurs indiens, qui fournissent près d’un tiers de leurs produits pharmaceutiques au marché américain.
Des géants du secteur comme Aurobindo Pharma ou Dr. Reddy’s Laboratories, qui tirent une part importante de leurs revenus des États-Unis, sont directement touchés.
Incertitudes tarifaires dans les secteurs clés
Les différends tarifaires touchant les composants automobiles, l’électronique et les produits agricoles indiens entretiennent un climat d’incertitude. Bien que certains droits de douane aient récemment été jugées illégales par un tribunal fédéral américain, la volatilité persistante reste une préoccupation majeure. Comme le souligne Lakhotia : « Pour les entreprises, l’imprévisibilité est souvent plus nuisible qu’une mauvaise nouvelle. »
Diversification stratégique et soutien gouvernemental
Les entreprises indiennes misent sur la diversification et l’innovation. Dr. Reddy’s Laboratories, par exemple, s’est associée à Alvotech pour développer un biosimilaire du Keytruda, un médicament contre le cancer, dans le but de consolider sa présence sur le marché américain. Zydus et Glenmark investissent quant à eux dans le développement de nouveaux médicaments pour élargir leur rayonnement international.
Dans le secteur informatique, des entreprises telles que LTIMindtree ont fusionné leurs activités avec succès pour créer une entité plus solide, axée sur des secteurs tels que les services financiers et la technologie, chacun dépassant le milliard de dollars de chiffre d’affaires.
Le gouvernement indien soutient activement cette dynamique de transformation. Il a rétabli, à compter du 1er juin 2025, le programme RoDTEP (Remboursement des droits et taxes sur les produits exportés). Ce dispositif bénéficie particulièrement aux exportateurs opérant dans le cadre de dans le cadre d’autorisations préalables, d’unités orientées vers l’exportation et de Zones Économiques Spéciales. En remboursant divers droits et taxes, ce programme vise à renforcer la compétitivité de l’Inde sur les marchés internationaux.
Singapour : préserver son statut de plaque tournante mondiale
Le secteur logistique de Singapour, pilier de sa connectivité internationale, subit aujourd’hui les répercussions des tensions commerciales croissantes. « Depuis l’instauration d’un tarif douanier général de 10 % sur toutes les importations, en vigueur à partir du 20 janvier 2025, le secteur logistique singapourien, moteur essentiel de son économie en tant que hub mondial du commerce, fait face à de sérieux défis », observe Ramesh Ramchand, Managing Director de Radialis.
Des tarifs perturbent les flux et les marges
Les exportateurs basés à Singapour — notamment dans les secteurs de l’électronique et de l’ingénierie de précision — sont confrontés à une hausse des coûts de production et de transport. Les PME, en particulier, sont durement touchées par des exigences réglementaires accrues et des délais allongés qui mettent en péril leurs marges déjà fragiles. En mai 2025, les exportations non pétrolières de Singapour ont chuté de 3,5 % sur un an, à contre-courant des prévisions de croissance de 8 %, un recul largement attribué à la baisse de la demande américaine liée aux nouveaux droits de douane.
Cependant, Singapour parvient à capter une partie des flux commerciaux détournés, explique Ramesh : « La demande accrue de fret aérien et de transbordement en Asie du Sud-Est, due au réacheminement des expéditions pour éviter les droits de douane, renforce le rôle de Singapour en tant que plaque tournante logistique ».
Une concurrence régionale accrue
Si Singapour peut compter sur son réseau d’accords commerciaux diversifié – notamment le CPTPP, le RCEP et 27 accords bilatéraux de libre-échange – pour réduire sa dépendance au marché américain, la concurrence régionale se renforce :
« Singapour fait face à une concurrence croissante de pôles logistiques régionaux comme Hong Kong, Shanghai ou Dubaï, qui investissent massivement dans leurs infrastructures et proposent des services de plus en plus compétitifs. Cela remet en question la position dominante de Singapour comme premier hub mondial de transbordement. »
Innover pour rester compétitif
Pour gagner en efficacité, les entreprises logistiques singapouriennes investissent dans la transformation numérique via l’IA, la blockchain et l’IoT. PSA Singapore, qui opère le plus grand port de transbordement au monde, déploie ainsi des technologies d’automatisation, des analyses prédictives basées sur l’IA, ainsi que de nouveaux quais au port de Tuas, afin d’optimiser les opérations et de limiter les congestions.
Japon : l’industrie électronique et automobile face au tournant commercial avec les États-Unis
Le Japon entre dans une nouvelle phase après la conclusion récente d’un accord commercial avec l’un de ses principaux partenaires, les États-Unis. Cette résolution met fin à une période d’incertitude, particulièrement ressentie dans les secteurs manufacturiers clés du pays, explique Hajime Baba, CEO de Clareza Partners.
Une dépendance critique au marché américain
Les États-Unis représentent environ 20 % des exportations totales japonaises, avec une forte concentration sur les machines, notamment les équipements électriques et les automobiles, qui composent près de 70 % de ces échanges. Ces secteurs restent donc au cœur des dynamiques commerciales bilatérales.
« L’ensemble du secteur a suivi de près le déroulement des négociations entre le Japon et les États-Unis » explique Baba. « Bien que la dépréciation du yen japonais de ces dernières années ait offert un répit temporaire aux exportateurs, de nombreuses entreprises ont préféré attendre prudemment les résultats des négociations tarifaires avant d’engager des changements stratégiques majeurs. »
Le gouvernement a mis en place des mesures de soutien d’urgence, incluant un assouplissement des conditions de prêt pour maintenir la trésorerie des entreprises les plus vulnérables.
Vers plus de flexibilité
Les entreprises japonaises intensifient leurs restructurations organisationnelles afin de surmonter la rigidité du système d’emploi traditionnel et d’accroître leur agilité et leur compétitivité. Même de grands groupes tels que Panasonic ou Takeda revoient en profondeur leurs modèles classiques de gestion des ressources humaines, s’éloignant du principe d’emploi à vie. Cette évolution vise à optimiser l’affectation des talents et à concentrer les investissements sur les secteurs porteurs de croissance.
Alors que les tensions commerciales mondiales redéfinissent les environnements économiques au Brésil, en Inde, à Singapour et au Japon, les organisations cherchent de plus en plus à faire face à des bouleversements soudains et à des défis propres à chaque secteur. Comme le souligne Ramesh Ramchand :
« Lorsqu’une entreprise doit naviguer en eaux inconnues — qu’il s’agisse de barrières commerciales, de perturbations dans la chaîne d’approvisionnement ou d’un cadre réglementaire en constante évolution — pouvoir compter sur un expert immédiatement opérationnel est un atout inestimable », observe Ramesh Ramchand. « Les dirigeants de transition apportent précisément cela : une vaste expérience et un leadership aguerri, sans engagement à long terme. Plus encore, ils offrent une vraie hauteur de vue — ayant souvent évolué dans différents secteurs, régions et contextes de crise, ils ne se contentent pas de réagir : ils anticipent. » À mesure que les perturbations s’intensifient, la capacité à faire face en permanence à l’imprévisibilité est à la fois une compétence essentielle et un impératif commercial.